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Mawete Makisosila

Préface
 
              La création artistique comme acte de renaissance              
ou l’étonisme comme invention d’un Angolais nouveau
 
“Le poète (l’artiste) est une sorte de prophète à qui il appartient de diriger l’humanité.”
Aimé Césaire
 
 
Les arts occupent une place primordiale dans la formation de l’identité individuelle et collective des sociétés. Ils interrogent la société et prescrivent les adaptations les plus compatibles face aux défis présents. Comme des stries sur un rocher, ils fixent pour la postérité les différentes étapes traversées par un peuple. Les modalités de transformation, les thématiques suscitées et la justification des supports utilisés sont compatibles aux conditions de l’environnement dans lequel ils naissent. Les arts décrivent l’état d’une société dans le temps et l’espace. Ainsi, lorsque les arts régressent, le peuple cesse d’être heureux, cesse de se célébrer et de célébrer la vie. Un peuple régresse avec le déclin de ses arts. Il entre dans un état de mort vivant, lorsqu’il n’a plus d’artistes capables se secouer sa conscience léthargique comme le disait Cheikh Anta Diop.
 
Le premier acte de renaissance angolaise n’est pas par hasard la manifestation, à travers la formalisation de l’étonisme, de la vitalité de sa création artistique renouvelée, et donc de la volonté de l’Angola de connaître, en tant que peuple, une nouvelle aventure civilisationnelle. La naissance d’un courant artistique démontre de la hauteur de cette prise de conscience. L’Angola entre réellement dans une nouvelle phase de son évolution. Il faut, pour cela, que le peuple s’approprie cette vision du monde, qui mérite le soutien inconditionnel de la puissance publique. Les enjeux de l’étonisme sont pour cela considérables. Un arbre se nourrit à partir de ses racines, un peuple à partir de ses artistes. Ils ont pour mission de produire en pensées, services et biens, ce qui est fondamentalement bon pour leur peuple. Serge Latouche ne dit-il pas, à juste titre, que “l’homme se nourrit des symboles (des valeurs), et l’animal se nourrit de la nourriture ?” Les symboles représentent la nourriture par excellence de l’homme, ils le fortifient et l’édifient. Les artistes sont producteurs de symboles. L’étonisme est une valeur fondamentale. Comme le précise Batsikama dans sa définition de ce courant artistique,
 
“Philosophiquement, l’étonisme est une codification moyennant la peinture et la sculpture pour lutter contre le tribalisme, séparatisme, régionalisme, chauvinisme et discrimination d’idées, de genre, de race, de religion, etc.”
 
Cette définition démontre que l’étonisme n’est autre démarche qu’une invention de l’homme. Cette invention est résolument globale. Il nous semble important de compléter la liste si longue des valeurs qui caractérisent le concept polysémique d’etona, par preuve, réalisation, accomplissement, manifestation. Cette conception correspond justement à ce que les arts doivent apporter à l’Angola : contribuer à l’accomplissement et à la manifestation permanente de l’harmonie entre les différentes composantes de son peuple.
 
Nous soutenons de notre part que la diffusion internationale de cette philosophie, qui contribuera à l’émergence d’une véritable culture de la paix, et qui mettra l’Angola sous les projecteurs des intellectuels et penseurs du monde entier. Ils auront à travers l’étonisme, un instrument de réflexion adapté à un changement de perspective dans la lecture de l’évolution de sa culture et de son histoire de la violence à l’harmonie.
 
 
L’artiste est un être complexe, polyvalent et multifonctionnel.
 
Batsikama systématise trois de ses principales qualités ou statuts sociaux. L’artiste est, pour lui,
 
1) philosophe,
2) élite et
3) intellectuel.
 
De la fonction de l’art :
 
depuis la plus haute antiquité, l’art africain est utilitaire et unitaire. C’est bien cette approche et cette mission que poursuit l’étonisme tel qu’il nous est décrit par Batsikama.
 
L’étonisme est un art engagé, un engagement. En cela que la notion de preuve, prouver, mise en évidence, est au centre de ce concept.
 
Utilitaire, l’étonisme n’est pas un art spéculatif et contemplatif. Ce n’est pas un loisirs aimerions-nous dire, c’est une prise de conscience et de responsabilité. L’étonisme doit transformer le peuple, en faire collectivement un homme nouveau.
 
Unitaire, parce qu’il importe que l’art apporte l’unité. Il n’y a pas, en effet, un peuple est un peuple lorsqu’il vit dans la paix et dans l’harmonie. Il ne connaît de progrès que lorsqu’il sait utiliser les compétences de chacun de ses membres.
L’homme n’est pas lui-même une masse compacte et informe. il prend sa forme dans sa propre diversité biologique et sociale. Il prend son essence dans son unité avec lui-même, et avec les autres. Il prend forme dans sa propre différence et dans la différence avec les autres, dans la différence des autres.
 
 
L’artiste est un témoin qui parle la langue des signes
 
tout artiste, quel que soit l’art qu’il pratique, est un témoin privilégié de l’histoire de son peuple. Et, en particulier, celle de son temps. Son témoignage est essentiellement solidaire. Il est pour cela appelé à ne pas se tromper de cause. Car son témoignage est capital et dépasse sa propre personne et souvent son propre temps. L’artiste pense et agit pour la postérité. Il témoigne en langue des signes afin que chacun le comprenne avec ses propres sens, ses sens hérités dans sa personnalité collective. L’environnement habituel donne à chacun de ses composants des caractéristiques qui lui permet de s’auto-évaluer, de s’autodéterminer, de s’auto-identifier à l’œuvre qu’il contemple. Batsikama parle de personnalité, transmise par l’artiste à travers son œuvre. Un artiste est une œuvre se réalisant, s’auto-réalisant et s’auto-produisant. il donne son opinion sur la vision que les hommes ont des problèmes de son temps.             Un artiste transforme ses inquiétudes et espoirs personnels, en inquiétudes et espoirs communautaires. Dans l’exercice de sa mission, qui est de former et transformer sa société, il se sent être à la fois l’émanation de la communauté et la communauté en tant qu’entité, il est le peuple lui-même quand il se manifeste dans toute sa grandeur.              
 
 
L’artiste est celui qui fait un vœux qui change le destin de son peuple
 
Dès sa création, une œuvre s’institue comme un monument résistant à son temps, et au temps qui passe. Reçue, une œuvre majestueuse engendre dans la conscience un sentiment de grandeur et de fierté. Pour preuve, le retour à l’œuvre pour aborder ses défis est un trait dominant les coutumes d’un peuple. Chaque individu, comme chaque société puisent dans la profondeur des œuvres reçues en héritage, leur patrimoine culturel, et celles qui sont en création au cours de leur génération présente, qui constituent leur propre contribution à ce patrimoine. Le patrimoine culturel est l’ensemble de ces œuvres ayant dépassé le temps de la génération du créateur.
 
Naissant au moment où politiquement le peuple angolais connaît une ère de paix, l’étonisme, aura ainsi, certainement, une influence politique et culturelle considérable.
 
 
L’artiste est un veilleur et un prophète
 
Comme un horloge, un thermostat ou une alarme, l’artiste réagit au bon moment, en signalant un événement nouveau, souvent inattendu. L’artiste, en veilleur et prophète, semble penser et agir comme s’il est déjà au courant du bien ou du mal qui surviendra. Car l’artiste est le seul être capable de doper ou d’ébranler profondément l’état d’âme et la conscience de son peuple. C’est pour cela qu’il lui est interdit de “jouer” de son rôle. De même que nul ne doit l’empêcher de jouer son rôle. Le peuple a besoin de son intervention, de son génie et de sa création pour vivre. Il veut tout savoir de lui et par lui pour enfin vivre à plein régime.
 
Comme l’avait en son temps indiqué Aimé Césaire, cité en introduction de la présente préface, il agit en tant que prophète, dirigeant de l’humanité, il a l’avenir de son peuple dans ses mains. Voilà pourquoi il doit être connu et reconnu par son peuple. Il doit être écouté. Sa réussite est donc conditionnelle comme pour tous les autres métiers.
l’artiste est un veilleur parce qu’il prévient, alerte, anticipe, il est là afin que tout se passe pour le mieux. Il est là afin que rien d’anormal n’arrive à son peuple. Il est là, à temps, pour éveiller sa conscience. Il l’illumine.
 
En kikongo, conscience se dit ntemo, lumière. Est donc conscient, celui qui a connu l’illumination. Celui qui est éclairé. L’artiste est un ntemoni, éclaireur. Il est celui qui va au-devant des faits. Il est prophète parce qu’il annonce souvent ce qui arrivera, ce qui adviendra, ce qu’il importe de faire ou ne pas faire. Ce qui démontre que la mission de l’artiste est immense. Il est celui qui fait le beau et le bien avec passion.
 
La civilisation bantu définit l’homme comme un muntu, un pensant par excellence. Elle considère l’homme comme un être social dont la dimension biologique ne constitue en conséquence qu’un simple support, une sorte de carapace. Elle a également une conception ontologique esthétique de l’homme. Celle-ci suggère que l’homme, l’humain, est l’être beau. Cet homme beau est philosophiquement bon. L’homme est celui qui est beau et bon, qui agit pour l’exaltation du Beau et du bon. Du bien. L’homme est un être essentiellement beau et bon, voué et se vouant au bonheur, qui est un état de satisfaction complète et de plénitude.
 
 
L’art est une manière naturelle d’assumer son kimuntu, son ontologie, son anthropologie, son humanité, sa civilisation, son patrimoine culturel, etc... de façonner le bonheur en s’adonnant à la production par le beau et le bon, de son bonheur et du bonheur d’autrui.
 
 
L’art, pensée et destin de l’homme
 
 
L’art construit l’homme. On ne peut pas séparer la production artistique de la production de l’homme. L’homme se développe à travers ses rapports avec l’art, dans sa capacité de le produire, de le transmettre, d’assumer les objectifs prescrits dans la longue évolution de son patrimoine culturel. L’art sert à penser, se représenter le monde et soi-même. Dans la diversité de la création, on mesure pourquoi tous les problèmes de la vie sont explorés par l’art.
 
Pratiquer l’art pour s’assumer est une dimension du patrimoine culturel africain : nos Ancêtres avaient une totale conscience de ce fait. Pour preuve, il est prescrit qu’ “on éduque l’enfant par la parole, le chant et la danse.” Le destin de l’homme est largement déterminé par sa manière de se penser, de se représenter l’univers et sa personne. Cela veut dire que l’art fait l’homme. La maîtrise passionnée de la parole, du chant et de la danse constitue un fait artistique majeur. Elle indique qu’il y a au sein de la société une multitude d’artistes. N’est artiste, en conséquence, que celui qui pense et agit passionnément, celui qui influence sa société. L’étonisme est en cela conforme à une pensée juste sur le destin de l’être angolais. Il fait de l’exercice du beau et du bien un art singulier.
 
La naissance d’un courant de pensée annonce toujours la survenue d’une nouvelle étape dans l’évolution des hommes. La pratique artistique est essentiellement caractérisée par son avance chronologique par rapport à la mentalité du peuple et à l’action politique. Autrement dit, l’action politique ne s’accomplit toujours pas au moment où la pensée, -œuvre achevée de l’artiste - voit le jour. C’est d’ailleurs à travers l’empressement de la société à se l’approprier, à transformer la pensée, à l’instar de l’étonisme, en faits historiques, qui contribue à fixer le calendrier de l’accomplissement ou non accomplissement d’un destin. Car l’art, comme le démontre ici la naissance de l’étonisme est une prospective3, c’est-à-dire une vision éclairée de l’avenir. Ce qui explique l’adhésion de nombreux intellectuels politiques à ses objectifs., c’est-à-dire une vision éclairée de l’avenir. Ce qui explique l’adhésion de nombreux intellectuels politiques à ses objectifs.
 
 
Profil de l’artiste inventant
 
L’artiste fécond est celui qui est orienté par le doute, par une sorte d’insatisfaction permanente; celui qui vit dans un état second ; qui n’est jamais lui-même, et qui vit, en conséquence, sous l’emprise d’une certaine transe créatrice, dans un rêve en perpétuelle réalisation. Il voyage dans le temps passé et avenir comme s’ils étaient les siens. Il les influence selon sa conscience culturelle et historique les uns les autres.
 
 
 
Des liens ultra sensoriels entre l’artiste et son récepteur entre l’artiste et son récepteur, son peuple
 
L’artiste parle anonymement à tous ceux qui sont à son écoute, qui le capte, celui qui entre passionnément en contact avec son oeuvre. Le récepteur est aussi un relai. l’oeuvre ne demeure jamais la propriété de l’artiste parce qu’il lui est destinée.
C’est donc un rapport de nature organique, biologique, mentale et spirituelle qui lie l’artiste au récepteur. Dans cette forme de spiritualité globale, à la fois sacrée et profane, leur dialogue est semblable à une double confession. une confession où nul n’est dieu, nul n’est Sauveur. C’est un dialogue franc, souvent désintéressé, au cours duquel, la rédemption est collective, l’artiste se sauve toujours avec son peuple. Il ne peut se sauver, se sentir comme tel que son peuple devient réellement libre. Il est de ce fait une sorte le porteur de projets de son peuple.
l’artiste mobilise tous les sens de son récepteur : la vue, l’ouïe, l’odorat, son potentiel intellectuel, etc... Il a de sensibilités partagées avec son peuple. Est son peuple, celui qui tire profit de son œuvre; La notion de peuple, telle qu’elle se présente à l’artiste dépasse le cadre étroit d’un territoire, elle englobe tous ceux qui, au-delà, de territoire social et géographique, espère construire un monde semblable au tien.
 
L’artiste entretien, en effet, une relation sacrée, divine, avec son récepteur. Cette relation est Sacrée dans la mesure où elle implique une certaine confiance, un engagement réciproque de coexister pacifiquement et de s’assister mutuellement. C’est une relation de vie pas de mort. C’est presque une relation entre siamois : fait de partage de tout, en tout temps. L’artiste n’est donc jamais loin de nous. Il est en nous, il est nous-même dans l’autre.
 
Nous revenons ici utilement à la problématique du langage des signes dont nous avons parlé précédemment pour souligner que l’œuvre se consomme individuellement ou collectivement. La capacité de déchiffrement d’une œuvre par un individu ou par un groupe social donné, dans et à l’intérieur de son environnement, dépasse tout entendement. C’est toujours un accord codé entre une personnalité qui se découvre, se révèle, s’identifie, s’auto-reproduit dans le contact continu ou discontinu avec une œuvre. On aime l’artiste par beauté de son œuvre, par sa capacité de nous aider à nous découvrir et nous reconstruire. L’œuvre se pénètre dans et par sa signification, par son sens, elle ne se pénètre que dans la révélation en nous-même de ce qui nous est à la fois secret et commun. L’œuvre, et à travers lui l’artiste, sont en cela des lieux de rencontre et de retrouvailles. Ils sont lieux de symbiose sociale. L’œuvre se savoure toujours au contact de l’expérience sociale. C’est ici qu’interviennent ses acquis, qui lui servent à se représenter et interpréter l’œuvre se replacer dans le contexte de son environnement.
 
Batsikama démontre dans cette importante contribution, qui fera date dans l’histoire culturelle de l’Angola et du Monde noir, qu’il est imprégné de l’esprit de la Vallée du Nil. Il a une lecture sacrée, divine, de l’artiste. Car Dieu est dans toutes ses infinies manifestations un artiste hors pair. Il possède en lui la multitude de canons de beauté. Dieu est, comme l’artiste, ce qui est beau à sentir, ce qui est beau à vivre, ce qui est beau à penser. Et l’artiste est l’émanation, l’exemple vivant de Dieu, parce qu’il est muntu, pensant par excellence, un Prométhée se pensant, s’auto-produisant dans toute son œuvre. Ne dit-on pas que Dieu a créé l’homme à son image ? N’est-il pas ainsi un Dieu en puissance ?
 
 
 
 
 
L’artiste et son œuvre face au temps qui passe
 
Si l’artiste pensait au temps pendant sa vie de créateur, il n’aurait jamais rien fait, il se serait arrêté, il n’y aurait plus jamais d’artiste. Il est une sorte de maître du temps. Il faut que le beau s’instaure en marge du temps. Il crée à son rythme jusqu’à ce que le beau lui impose de s’arrêter-là. Toute œuvre demeure inachevée, parce qu’elle est le prolongement naturel, à l’intérieur d’un style donné, d’une œuvre précédente ressentie comme achevée, mais ouvrant les portes à une autre œuvre, qui viendra, surviendra quand elle aura entièrement pénétré l’état d’âme, sa personnalité, dirait Batsikama.
 
Ainsi, comme chacun peut le constater, le temps passe, il passe malgré lui, mais son passage permanent semble ne pas avoir d’emprise sur l’artiste qui fait comme si le temps, avec son lot d’usures sur l’homme n’existe pas. Il est toujours sûr que le monde deviendra celui qu’il pense, celui qu’il construit, celui qu’il espère tant voir s’instaurer ; qu’il soit là ou alors, tant pis quand il ne sera plus là. L’essentiel, pour lui, est qu’un jour, le beau soit ! que l’harmonie soit, que l’amour soit ! que la justice soit ! que le chaos disparaisse à jamais ! L’artiste, pour nous, est un fou en action, parce qu’il ignore les certitudes toutes faites, il ignore même la raison puisqu’il est lui-même à l’origine de ce qui deviendra la véritable raison. N’allez pas chercher hors de l’homme ce qui est beau et ce qui est laid. L’homme n’a que besoin de beau, il n’aspire pas atteindre la laideur, elle lui fait peur; même quand il agit contre nature, contre sa nature de muntu.
 
La quête de l’homme est l’instauration du beau, c’est-à-dire de l’harmonie entre/parmi ce qui compose ce qui a été, ce qui est et ce qui doit être. Voilà pourquoi l’artiste est alerte, il ne veut jamais douter de ce que tout ce qui lui arrive par l’inspiration, tout ce qui jaillit de ses états d’âme ne soit que sans signification. L’artiste, homme par excellence, est artiste parce qu’il est producteur des symboles, des valeurs, des projets, d’identités renouvelées et se renouvelant. Quel que soit le temps. Il lutte contre le temps et ignore son emprise : il est suspendu dans sa propre trajectoire et la visite et revisite sans cesse.
 
s’il arrive naturellement à l’homme de pleurer de joie, il se refuse également, à jamais, par sa nature spécifique d’être social à support biologique de pleurer de tristesse ; et tout particulièrement de tristesse infligée, c’est parce que toute sorte de souffrance est offense dans la pensée du muntu. l’esthétique, par sa fonction(cf. Batsikama in situ), révèle à l’homme sa nature, la beauté de l’œuvre est un bienfait pour l’homme, il est le chemin du bonheur, il est le bonheur par excellence. Tout l’art est un miroir pour l’artiste et sa société. Comme nous l’avons précédemment suggéré, l’artiste est un témoin exceptionnel de son temps, il subit aussi bien qu’il jouit de son œuvre, telle qu’elle l’a livrée au public. L’artiste ressent, en effet, pour l’ensemble de sa société. Est artiste, celui qui a tous ses sens. Evidemment, l’artiste n’est jamais un handicapé, car, quelle que soit sa situation personnelle, il exprime de la manière la plus complexe et simple à la fois, tout ce qui appartient à sa société : la totalité de son intime état passé, présent et espéré. C’est ce noble sentiment qui se dévoile dans l’œuvre d’Etona. L’avenir, pour lui, ne doit pas s’inscrire sur le même tableau que celui qu’il connaît aujourd’hui. Son œuvre est ici, une connaissance pour l’action à venir.
 
 
 
 
 
 
A titre de conclusion
 
Nous affirmons que l’étonisme est un concept vertueux, parce qu’ambitieux.
 
En effet, qui peut douter du fait que même quand la conscience culturelle et historique ne fait pas défaut à un peuple, le manque d’ambition peut nuire aux meilleures de ses initiatives ? Une ambition est vertueuse, du point de vue de l’artiste, lorsqu’elle attache l’homme à tout sacrifier pour ce qui est beau et ce qui est bon. Le beau, le bon, c’est tout simplement la sauvegarde de la vie par l’instauration de l’harmonie entre les membres de la société. L’étonisme dévoile parfaitement, avec force, la nature du vrai muntu, une quête désintéressée de son bonheur dans l’accomplissement durable du bonheur de l’Autre.
 
Conscience culturelle, Etona engage à jamais son pays, l’Angola, ves son nouveau destin. L’étonisme, qu’il vient d’inventer sera, soutenu, thématisé et transmis à toutes les générations, en tant que manifestation de la conscience culturelle et historique, la concrétisation d’une grande ambition : il transformera profondément de l’homme angolais, victime de longue date de stolen legacy ou héritage usurpé, en un acteur de son propre destin, ouvert au monde et participant réellement à son évolution.
 
 
 
Mawete Makisosila
Editeur
Homme de culture
Chercheur – Consultant
 
 
Paris, le 6 juillet 2006
 
 
 
 


3 science portant sur l’évolution future de la société, et visant, par l’étude des diverses causalités en jeu, à favoriser la prise compte de l’avenir dans les décisions du présent.
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